La nouvelle est tombée ce 12
novembre. Après des mois de tractations secrètes entre les présidents des deux
plus grandes puissances mondiales, Barack Obama et Xi Jinping ont annoncé de
concert la signature d’un accord « historique » dans la lutte contre
le réchauffement climatique. L’adjectif est depuis largement relayé saluant un
engagement inattendu de ces nations responsables de 42% des émissions mondiales
de CO2. À quelques mois de la COP21 durant laquelle les chefs d’état
du monde entier définiront, espérons-le, une stratégie carbone limitant la
hausse des températures à 2 degrés, cet accord est-il à la hauteur de l’enjeu ?
Rien n’est moins sûr.
Moins qu’un engagement, il serait
plus à propos de mentionner le souhait émis par Barack Obama de réduire de 26 à
28% les émissions américaines de gaz à effet de serre en 2025 par rapport à
2005. Majoritaires au sein des deux chambres législatives du pays depuis les
élections de mi-mandat remportées début novembre, les républicains se sont
empressés de critiquer l’accord signé et confirment ainsi leurs scepticismes
concernant la situation climatique.
Indépendamment des rouages de la
politique américaine, l’engagement lui-même est critiquable. L’effort de 28%
intègre les quelques 475 millions de tonnes de CO2 (-8,2%) évitées entre 2007
et 2011 par la crise économique mondiale. L’objectif réel est ainsi compris
entre 19 et 21% entre 2011 et 2025 par rapport à 2005 soit une réduction des
émissions de 14,6% par rapport à 1990, deux points de mieux que l’Union
Européenne...en 2011.
L’accord intervient qui plus est
en pleine explosion du gaz de schiste aux Etats-Unis dont les volumes produits
ont décuplé depuis 2007. Conséquence directe, une nouvelle génération de
centrales à gaz moins émissives en gaz à effet de serre se substitue
progressivement au parc à charbon. Entre 2007 et 2012, sa part dans la
production d’électricité américaine a ainsi chuté de 10 points tandis que celle
du gaz naturel (intégrant le gaz de schiste) augmentait de 8 points. Le charbon
non consommé est massivement exporté soutenant les émissions hors des
frontières américaines.
La Chine s’en sort avec un
plafonnement de ses émissions à l’horizon 2030 et un développement des énergies
renouvelables dont la part dans le bilan énergétique sera portée à 20%. Au-delà
de cette officialisation de l’immobilisme environnemental de la Chine, plus
gros pollueur avec ses 8 giga tonnes de CO2 annuellement émises, l’inquiétude
porte sur le message envoyé aux économies émergentes dont le potentiel carbone est
bien supérieur aux émissions actuelles des nations occidentales développées.
En 2011, les BRICS comprenez
Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud concentraient 12 giga tonnes de CO2
pour une hausse annuelle moyenne de 6,9% (hors 2008 et 2009, années de crise).
Si l’accord sino-américain se généralisait à ces pays, ces derniers cumuleront
entre 2011 et 2030 quelques 480 Gt de CO2 soit 48% des émissions maximales
allouées au monde par le GIEC jusqu’en 2100 pour maintenir à moins de 2 degrés
la hausse générale des températures par rapport à l’ère préindustrielle. En
prenant en compte l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre, et
notamment le méthane appelé à croître sous l’effet de l’explosion de la demande
en gaz naturel, ce sont près de 650 Gt qui seront rejetées d’ici 2030 ne
laissant au monde qu’une quinzaine d’années pour atteindre le zéro carbone.
Nul doute que la COP21 prévue à
Paris l’an prochain devra être animé d’une volonté autre si le monde ambitionne
d’être à la hauteur de l’urgence climatique.
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