« Il n’y a qu’à faire comme
au Danemark » - L’idée est alléchante tant le royaume des gens heureux
s’est imposé comme une référence de la lutte contre le réchauffement
climatique. Fort d’une baisse de ses émissions de gaz à effet de serre depuis
30 ans1, le gouvernement ambitionne l’objectif ultime du zéro
carbone à l’horizon 2050, bien loin de l’attentisme général caractérisant les
politiques actuelles. Deux questions se posent alors : Comment font-ils et
ce modèle est-il généralisable ?
Pionnier de l’efficacité énergétique
Si l’on résonne humainement et
économiquement (c’est possible), les deux leviers de réduction des émissions de
gaz à effet de serre sont l’intensité énergétique de l’économie (combien
consomme-t-on pour produire de la richesse) et la concentration en carbone de
l’énergie disponible, soit deux politiques énergétiques nommées efficacité et
transition. Alors que la seconde fait le plus de bruit, c’est bien vers
l’efficacité que le Danemark s’est tourné au lendemain de la crise énergétique des
années 1970. A cette époque, la centralisation des modes de production
s’imposait comme la seule alternative pérenne à la dépendance pétrolière.
Traduction, charbon ou nucléaire.
Pour le Danemark, le choc pétrolier
fut le déclencheur d’un large débat sur l’orientation énergétique et
environnementale du pays (lequel n’a eu lieu que 30 ans plus tard en France) et
une confrontation des positions pro-nucléaire et pro-renouvelable. Une
réflexion collective qui déboucha sur une politique d’efficacité énergétique
accompagnée d’un développement des énergies renouvelables. Résultat en 1990,
l’intensité énergétique de l’économie danoise
était inférieure à celle actuelle de l’UE (89,5 tep par million d’euros
2005 contre 93,9)2.
Alors que l’on ne résonne qu’en
transition énergétique, le Danemark a depuis bien longtemps intégré les notions
de fiscalité écologique et d’efficience énergétique. Malgré ces efforts les
émissions par danois sont supérieures à la moyenne européenne, la faute à une
énergie toujours hautement carbonée corrélant ainsi le niveau des émissions à
la consommation énergétique et à la croissance économique.
Source : Eurostat, Danish Energy Agency - Energy Statistics 2012
La seconde étape consiste donc à « décarboner »
l’énergie disponible en poursuivant la politique de transition énergétique
entreprise dans les années 80. Actuellement, La répartition des énergies
renouvelables est la suivante : un tiers en chaleur (de la biomasse), un
tiers en électricité (vent et biomasse) et un tiers en utilisation énergétique
finale (essentiellement de la biomasse et un peu de bio carburant). La première
des énergies renouvelables (et ceci est applicable au monde entier) n’est pas
l’éolien mais la biomasse et plus précisément le bois, massivement utilisé au
Danemark pour produire de la chaleur dans l’industrie, le résidentiel ou en
réseau urbain. La production de chaleur renouvelable est ainsi passée de 19% à
41% en 12 ans3 dans une situation de maîtrise de la demande
structurelle (les besoins énergétiques corrigés du climat). L’autre enjeu de la
politique énergétique danoise concerne une réponse durable et écologique à
apporter à l’électrification de la consommation énergétique appelée à se développer
par la mutation de nos modes de transport.
Éoliennes et interconnexions
Peu cité comme exemple
d’efficacité énergétique, l’égo écologique danois trouve son bonheur dans les
multiples hommages rendus en Europe à son parc éolien et à la couverture de celui-ci
dans la consommation électrique. Rappelons avant toute chose les deux principes
fondateurs d’un bouquet électrique à savoir la sécurité et la continuité de
l’approvisionnement. Bref, n’importe quoi tant que le pays ne se retrouve pas
en défaut de courant.
Dans les années 80, le Danemark s’affranchissait
de sa dépendance pétrolière (du moins pour produire son électricité) au profit
d’une dépendance à un charbon, toujours importé mais moins volatil. Les années
90 et 2000 marquaient le développement massif de l’éolien au sein d’un parc
constitué de nos jours aux deux tiers de thermique (charbon, gaz naturel et
biomasse) et à un tiers d’éolien. Voici
comment cela se traduit sur le réseau.
Source : energinet
Contrairement à ce qui est
répandue, la consommation d’électricité danoise ne repose pas sur la production
éolienne mais sur le parc thermique ajusté en fonction de la demande et de la
disponibilité éolienne, elle-même couplée aux échanges avec le Norvège, la
Suède et l’Allemagne. Si l’on observe les taux de couverture de la consommation
par la production éolienne et les échanges, on constate une corrélation
négative. En traduit, plus la production éolienne est importante, plus le
Danemark exporte, principalement vers la Norvège et la Suède, deux pays riches
en capacités de stockage hydraulique.
Cette situation confuse
s’explique par la nécessité d’une production planchée du parc thermique pour
assurer la rentabilité économique de son exploitation. Qu’il y ait ou non du
vent, une centrale engage des frais pour la rémunération des salariés et des
capitaux investis, pour le paiement du combustible ou encore pour les
opérations de maintenance et de mise aux normes. Des couts dont le financement
est assuré par un volume de production. Difficile dans ces conditions de
définir la part réelle de l’éolien dans la consommation effective danoise sans
jouer un peu avec les données.
Le graphique suivant nous indique
le monotone de la couverture éolienne associé aux couvertures du parc de
référence et des échanges. Cette opération consiste à trier crescendo la série
« taux de couverture éolien » et de restituer les données
correspondantes des séries « taux de couverture des échanges » et
« taux de couverture du parc de référence ». On lisse le tout par
souci de visibilité.
Source : energinet
La connexion est flagrante entre
les exportations (le taux de couverture négatif des échanges) et la progression
de la part de l’éolien dans la consommation. On remarque également le faible
déclin de la couverture du parc de référence. Malgré ses 30 années expérience
dans le domaine des énergies renouvelables, la structure électrique du Danemark
repose encore massivement sur une disponibilité énergétique carbonée et sur une
convergence des capacités d’échange et de production éolienne.
Appliqué en France sur la base
d’une demande moyenne de 66 GW4, un bouquet énergétique made in
Denmark aurait nécessité des capacités d’exportation supérieures à 20 GW 5
jours sur 7 en mars 2013. Un surplus d’énergie qui constituerait un danger pour
la stabilité du réseau si le phénomène venait à se généraliser en Europe de
l’ouest, sans parler des difficultés de cette politique énergétique à concilier
les objectifs de compétitivité et de préservation du pouvoir d’achat des
ménages.
1 : Adjusted CO2 emissions,
Danish Energy Agency: Energy Statistics 2012
2 : Eurostat
3 : Heat production, Danish Energy Agency: Energy Statistics
2012
4 : Consommation moyenne mars 2013 - RTE



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