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vendredi 31 octobre 2014

Le Danemark, un champion de l’écologie sous perfusion

« Il n’y a qu’à faire comme au Danemark » - L’idée est alléchante tant le royaume des gens heureux s’est imposé comme une référence de la lutte contre le réchauffement climatique. Fort d’une baisse de ses émissions de gaz à effet de serre depuis 30 ans1, le gouvernement ambitionne l’objectif ultime du zéro carbone à l’horizon 2050, bien loin de l’attentisme général caractérisant les politiques actuelles. Deux questions se posent alors : Comment font-ils et ce modèle est-il généralisable ?  

Pionnier de l’efficacité énergétique

Si l’on résonne humainement et économiquement (c’est possible), les deux leviers de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont l’intensité énergétique de l’économie (combien consomme-t-on pour produire de la richesse) et la concentration en carbone de l’énergie disponible, soit deux politiques énergétiques nommées efficacité et transition. Alors que la seconde fait le plus de bruit, c’est bien vers l’efficacité que le Danemark s’est tourné au lendemain de la crise énergétique des années 1970. A cette époque, la centralisation des modes de production s’imposait comme la seule alternative pérenne à la dépendance pétrolière. Traduction, charbon ou nucléaire.

Pour le Danemark, le choc pétrolier fut le déclencheur d’un large débat sur l’orientation énergétique et environnementale du pays (lequel n’a eu lieu que 30 ans plus tard en France) et une confrontation des positions pro-nucléaire et pro-renouvelable. Une réflexion collective qui déboucha sur une politique d’efficacité énergétique accompagnée d’un développement des énergies renouvelables. Résultat en 1990, l’intensité énergétique de l’économie danoise  était inférieure à celle actuelle de l’UE (89,5 tep par million d’euros 2005 contre 93,9)2.

Alors que l’on ne résonne qu’en transition énergétique, le Danemark a depuis bien longtemps intégré les notions de fiscalité écologique et d’efficience énergétique. Malgré ces efforts les émissions par danois sont supérieures à la moyenne européenne, la faute à une énergie toujours hautement carbonée corrélant ainsi le niveau des émissions à la consommation énergétique et à la croissance économique.  


Source : Eurostat, Danish Energy Agency - Energy Statistics 2012

La seconde étape consiste donc à « décarboner » l’énergie disponible en poursuivant la politique de transition énergétique entreprise dans les années 80. Actuellement, La répartition des énergies renouvelables est la suivante : un tiers en chaleur (de la biomasse), un tiers en électricité (vent et biomasse) et un tiers en utilisation énergétique finale (essentiellement de la biomasse et un peu de bio carburant). La première des énergies renouvelables (et ceci est applicable au monde entier) n’est pas l’éolien mais la biomasse et plus précisément le bois, massivement utilisé au Danemark pour produire de la chaleur dans l’industrie, le résidentiel ou en réseau urbain. La production de chaleur renouvelable est ainsi passée de 19% à 41% en 12 ans3 dans une situation de maîtrise de la demande structurelle (les besoins énergétiques corrigés du climat). L’autre enjeu de la politique énergétique danoise concerne une réponse durable et écologique à apporter à l’électrification de la consommation énergétique appelée à se développer par la mutation de nos modes de transport.

Éoliennes et interconnexions

Peu cité comme exemple d’efficacité énergétique, l’égo écologique danois trouve son bonheur dans les multiples hommages rendus en Europe à son parc éolien et à la couverture de celui-ci dans la consommation électrique. Rappelons avant toute chose les deux principes fondateurs d’un bouquet électrique à savoir la sécurité et la continuité de l’approvisionnement. Bref, n’importe quoi tant que le pays ne se retrouve pas en défaut de courant.

Dans les années 80, le Danemark s’affranchissait de sa dépendance pétrolière (du moins pour produire son électricité) au profit d’une dépendance à un charbon, toujours importé mais moins volatil. Les années 90 et 2000 marquaient le développement massif de l’éolien au sein d’un parc constitué de nos jours aux deux tiers de thermique (charbon, gaz naturel et biomasse)  et à un tiers d’éolien. Voici comment cela se traduit sur le réseau. 

Source : energinet

Contrairement à ce qui est répandue, la consommation d’électricité danoise ne repose pas sur la production éolienne mais sur le parc thermique ajusté en fonction de la demande et de la disponibilité éolienne, elle-même couplée aux échanges avec le Norvège, la Suède et l’Allemagne. Si l’on observe les taux de couverture de la consommation par la production éolienne et les échanges, on constate une corrélation négative. En traduit, plus la production éolienne est importante, plus le Danemark exporte, principalement vers la Norvège et la Suède, deux pays riches en capacités de stockage hydraulique. 

Cette situation confuse s’explique par la nécessité d’une production planchée du parc thermique pour assurer la rentabilité économique de son exploitation. Qu’il y ait ou non du vent, une centrale engage des frais pour la rémunération des salariés et des capitaux investis, pour le paiement du combustible ou encore pour les opérations de maintenance et de mise aux normes. Des couts dont le financement est assuré par un volume de production. Difficile dans ces conditions de définir la part réelle de l’éolien dans la consommation effective danoise sans jouer un peu avec les données.

Le graphique suivant nous indique le monotone de la couverture éolienne associé aux couvertures du parc de référence et des échanges. Cette opération consiste à trier crescendo la série « taux de couverture éolien » et de restituer les données correspondantes des séries « taux de couverture des échanges » et « taux de couverture du parc de référence ». On lisse le tout par souci de visibilité. 

 Source : energinet

La connexion est flagrante entre les exportations (le taux de couverture négatif des échanges) et la progression de la part de l’éolien dans la consommation. On remarque également le faible déclin de la couverture du parc de référence. Malgré ses 30 années expérience dans le domaine des énergies renouvelables, la structure électrique du Danemark repose encore massivement sur une disponibilité énergétique carbonée et sur une convergence des capacités d’échange et de production éolienne.

Appliqué en France sur la base d’une demande moyenne de 66 GW4, un bouquet énergétique made in Denmark aurait nécessité des capacités d’exportation supérieures à 20 GW 5 jours sur 7 en mars 2013. Un surplus d’énergie qui constituerait un danger pour la stabilité du réseau si le phénomène venait à se généraliser en Europe de l’ouest, sans parler des difficultés de cette politique énergétique à concilier les objectifs de compétitivité et de préservation du pouvoir d’achat des ménages. 

1 : Adjusted CO2 emissions,  Danish Energy Agency: Energy Statistics 2012
2 : Eurostat
3 : Heat production, Danish Energy Agency: Energy Statistics 2012
4 : Consommation moyenne mars 2013 - RTE

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