Comprendre
la structure des émissions mondiales de dioxyde de carbone à l’aide d’une
équation mathématique redoutablement simple, c’est ce qu’a permis Yoichi Kaya,
un économiste de l’énergie japonais qui participa notamment aux travaux du GIEC
dans les années 90.
Voici ce qu’il propose :
En
traduit :
Émissions
de CO2
|
=
|
Concentration
en carbone de l’énergie
|
*
|
Intensité
énergétique de l’économie
|
*
|
Richesse
par habitant
|
*
|
population
|
Concrètement,
notre ami Yoichi nous explique que le volume de nos émissions de gaz carbonique
résulte en un de l’énergie utilisée, en deux de la quantité d’énergie
nécessaire pour produire biens et services, et enfin en trois de la richesse
d’une économie par habitant.
Logique
non ? La comparaison de deux états aux caractéristiques démographiques et
économiques similaires reflète parfaitement la philosophie défendue par Kaya.
Prenons pour exemple la France et l’Angleterre. À population et richesse
similaires, les émissions françaises de dioxyde de carbone sont 25 % moins
importantes. Chauvins, exprimez-vous.
Pourquoi
cette différence aussi importante entre deux pays aux caractéristiques si
proches ? En observant les bilans énergétiques fournis par l’AIE pour
2011, on constate que les hydrocarbures représentent 85 % de l’énergie
disponible au Royaume-Uni contre 44 % en France. Plus précisément, c’est
la production d’électricité qui est en cause. Principalement nucléaire en
France, nos voisins anglais reposent leur mix électrique sur le gaz et le
charbon émettant 3,7 fois plus de co2 pour des volumes produits pourtant
inférieurs de 36 %.
L’équation
de Kaya permet d’expliquer les bilans carbones et ainsi de définir les
priorités des politiques énergétiques nationales, mais également d’effectuer
des projections en y intégrant les données dont nous avons connaissance.
Estimons les émissions de dioxyde de carbone à l’horizon 2030.
Commençons
par le plus simple, l’estimation de la population mondiale qui devrait
atteindre selon l’ONU 8,4 milliards d’individus en 2030. La croissance
économique est quant à elle prévue sur la base d’une disponibilité pétrolière
continue, donc sans pic pétrolier, à 2,8 % par an, soit près de 88 700
milliards de dollars constants ($2005).
Enfonçons-nous
un peu plus dans les méandres de la probabilité pour évaluer le volume
d’énergie que le monde engloutira en 2030. Sur la base d’une amélioration
annuelle de 1,5 % de l’efficacité énergétique mondiale, soit le taux moyen
annuel constaté sur la zone OCDE depuis 2000, nous consommerons 187 tonnes d’équivalents
pétrole pour produire un million de dollars contre 249 actuellement ce qui
correspond à une consommation énergétique mondiale égale à 16 587 millions
de tonnes équivalent pétrole (BP prévoit 16 683, un peu plus de 16 000
pour l’AIE). Facile, l’énergie.
Enfin
dernier point, la concentration en dioxyde de carbone de l’énergie disponible
reste inchangée à 2,35 tonnes de co2 par tonne équivalent pétrole. Bien que
nous assistions à une croissance des énergies renouvelables dans les pays
développés, le charbon demeure la principale énergie primaire pour les
économies émergentes, moteurs de la croissance économique mondiale.
En
reprenant notre équation, nous avons désormais :
CO2 =
|
CO2
|
*
|
16 587
|
*
|
88 700
|
*
|
8425
|
16 587
|
88 700
|
8425
|
La résolution de l’équation à une inconnue dont vous vous
souviendriez avec une pointe de nostalgie nous permet d’évaluer les émissions
de dioxyde de carbone pour 2030 à 38 979 millions de tonnes de CO2, soit 24 %
de hausse par rapport à 2009. Des résultats cohérents avec les prévisions de BP
et de l’AIE dans son scénario « politiques actuelles », mais bien
loin des 21 600 millions de tonnes de CO2 visées par l’AIE et le GIEC pour
limiter la hausse de la température mondiale à 2 C ° par rapport à l’ère
préindustrielle.
Si
l’équation de Kaya n’a pas vocation à constituer un modèle prévisionnel précis,
elle nous permet de mettre en lumière plusieurs points centraux. En premier
lieu le double langage de l’AIE, l’agence internationale de l’énergie qui
encourage les états à réduire leurs émissions tout en garantissant des disponibilités
pétrolières suffisantes pour répondre à la croissance économique, de fait
carbonée, des pays émergents.
Autre
point important, l’identification des politiques possibles pour réduire le
bilan carbone mondiale : restons humaniste et éliminons la diminution
démographique pour nous tourner vers le rapport population / PIB soit la
richesse par habitant. La réduction de ce quotient revient à limiter la
croissance économique. Une dynamique difficilement envisageable tant les
gouvernements actuels demeurent oppressés pas l’obligation du court terme et le
retour de la croissance.
La
réduction des émissions de gaz à effet de serre réside ainsi dans l’amélioration
de l’intensité énergétique de l’économie mondiale et dans la « décarbonisation »
de l’énergie disponible. Rappelons-le, cette équation est limitée dans le
temps. Les hydrocarbures responsables de la situation atmosphérique actuelle
sont en quantité finie, leur pénurie programmée entraîneront ainsi une baisse des
émissions mondiales. Cette échéance rationalise le débat : comptons-nous
sur une production énergétique alternative pour conserver notre modèle
économique sans prendre de risque ou devons-nous nous affranchir
(partiellement, le retour au moyen-âge n’enchantera pas tout le monde) de notre
dépendance énergétique ?

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