64 articles regroupés en 8
titres, le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance
verte porté par Ségolène ROYAL actuellement examiné à l’assemblée nationale était
attendu. Après les couacs gouvernementaux en matière d’écologie et les
distorsions nées entre la gauche et les verts, ce projet nourrissait l’ambition
de clarifier la mouvance environnementale et énergétique du quinquennat. Réduction
des émissions de gaz à effet de serre, efficience et résilience énergétique,
gouvernance décentralisée et participative, croissance verte, les éléments du
langage « vert » sont au rendez-vous mais une question subsiste sur
le fond : ce projet fait il franchir à la France une nouvelle étape sur le
chemin du développement durable ?
Des objectifs difficilement respectés
L’article premier définie les
cinq objectifs fondateurs de la politique énergétique du pays. Analyse. Le
premier vise la réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre
recommandée par la Commission européenne au titre du paquet Energie-Climat
2030, et leur division par quatre entre 1990 et 2050 fixée dans la loi Grenelle
1.
Pour y parvenir le scénario de
référence retient une réduction de 22 Mtep de pétrole et 13 Mtep de gaz naturel.
Sur la base des données conventionnelles Global Chance, ces économies
engendreraient réduction de 99.6 MtCO2
alors que ce même scénario vise 134 MtCO2 entre 2012 et 2030. Où sont les 35
million de tonnes manquantes ? Pas dans des économies de la consommation
non énergétique ou charbonnière, toutes les deux inchangées.
Autres particularité numérique,
la non comptabilisation des émissions de méthane et de protoxyde d’azote des
secteurs des déchets et de l’agriculture pour l’établissement de la stratégie
carbone nationale. Une démarche assumée mais qui concernent tout de même 20% des
émissions françaises. En les intégrant à l’hypothèse de référence, l’objectif
des 40% en 2030 n’est pas réalisé.
Parallèlement à cette stratégie
carbone, l’article premier définie la politique générale en matière de
production d’électricité. Actuellement à 76%, la part du nucléaire dans la
consommation d’électricité sera ramenée à 50% entre 2020 et 2025. Une centaine
de TWh en moins mais pas de fermeture prévue si ce n’est pour compenser la mise
en route de l’EPR de Flamanville, la puissance installée étant plafonnée à 63,2
GW. Seule alternative à leurs fermetures, la réduction (par deux) de la
production des centrales.
Si le projet de loi ne simule pas
l’impact pour le consommateur, celui-ci devrait être important. 75% des coûts
de fonctionnement de la filière nucléaire sont dits « fixes » et sont
donc indépendants de l’évolution de la production. Actuellement, le
consommateur règle 46,1 euros par MWh pour la production d’électricité. Ce
montant est destiné à évoluer pour intégrer les investissements nécessaires
pour la prolongation des centrales mais ne couvrira plus que 70% d’un MWh
(nucléaire + hydraulique). Bref, une sacré hausse à prévoir.
Quand « transition » prend le pas sur « sobriété »
La transition énergétique moteur
du retour à la croissance économique. L’idée est prometteuse respectant les
exigences économiques tout en plaçant par la même occasion la France en leader
de la lutte contre le réchauffement climatique. Pour y parvenir, le projet de
loi mise beaucoup sur le nouveau fleuron de l’économie française, la voiture
électrique.
Des mesures concrètes sont ainsi
proposées pour favoriser le développement de l’électrique dans les transports
individuels, notamment la multiplication des infrastructures d’alimentation,
l’extension à l’État de l’obligation de recourir aux véhicules propres lors du
renouvellement du parc automobile déjà en place pour les collectivités
territoriales, et surtout la création d’un super-bonus pouvant atteindre
10 000 € en cas de reprise d’un véhicule diesel de plus de 13 ans en
faveur d’un véhicule électrique.
Un volontarisme certain, une
stratégie claire et des investissements publics, un cocktail efficace
malheureusement restreint au seul domaine des transports. Avec 45% de la
consommation finale et 98 million de tonnes de CO2 émis, le secteur
résidentiel-tertiaire demeure le principal levier de réduction de la demande
énergétique et du bilan carbone national. Les problématiques économiques,
précarité énergétique et pouvoir d’achat, venant accroitre l’importance d’une
politique ambitieuse en matière d’efficacité énergétique.
Malgré cela, les propositions en
faveur de la rénovation des bâtiments restent frileuses. Le projet impose
l’intégration d’une rénovation thermique lors d’une opération de réfaction de
toiture, de ravalement de façade ou lors de l’aménagement d’une pièce pour son
habitation. Une mesure pertinente mais vidée de son sens par l’absence de
performance à atteindre et par les résultats escomptés : 1,7 GWh d’énergie
primaire par an pour 384 000 rénovations partielles soit une économie de 4,5
kWh par logement rénové qui ne pèse pas
lourd face au 11 500 kWh consommés en moyenne par résidence principale.
Concernant l’objectif des 500 000 rénovations lourdes annuelles,
aucune mesure significative n’est prise pour dynamiser une activité atteignant en
2010 135 000 opérations par an. Le secteur tertiaire est exclu de l’étude
d’impact et aucune mesure concrète pour favoriser la transition et l’efficacité
énergétique des industries françaises. Qu’on
se le dise, l’efficience énergétique n’est pas la politique priorisée.
Une nouvelle loi de cadrage
La grande majorité du projet de
loi vise à optimiser la législation en vigueur en faveur du développement
durable. Les déchets, secteur représentatif des limites de notre modèle
économique, sont soumis à une politique ambitieuse par une réduction de 7%
entre 2010 et 2020 des déchets ménagers et la généralisation de la valorisation
énergétique et matière des déchets. On notera également l’extension à l’ensemble
des produits de l’interdiction de discrimination des matières issues du
recyclage.
Grand absent de la loi Grenelle
1, la sureté d’un parc nucléaire vieillissant fait l’objet d’un titre entier
dans le nouveau projet de loi. Une évolution législative bienvenue dotant l’ASN
de pouvoirs renforcés et imposant une plus large communication publique de la
Commission Locale d’Information s’adressant aux habitants, qu’ils soient
français ou étranger, résidant à proximité d’une centrale nucléaire.
Cet effort de transparence
publique s’inscrit dans une démarche de décentralisation de l’effort de
transition énergétique, renforçant notamment l’importance des collectivités
territoriales. Parmi les mesures proposées, l’ouverture à l’investissement dans
les SA producteur d’énergie renouvelable aux collectivités territoriales et leur
incitation à la promotion des territoires à énergie positive.
Des principes louables et un
arsenal législatif cohérent mais un projet de loi exclusivement orienté
production suivant l’exemple allemand : le peu d’argent publique est
concentré sur le développement des énergies renouvelables et non sur l’effort
de rénovation des logements. Les mêmes louanges et les mêmes critiques faites à
la loi Grenelle 1 seront répétées à cette loi. La transition est tiraillée
entre lobby énergétique et l’omnipotence d’une croissance économique à court
terme imposant une politique de transition là où un plan d’action d’efficacité
énergétique s’avère nécessaire avant de traiter l’importante question du
bouquet énergétique.
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